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Archive de l’étiquette violence

#pasdevague (Communiqué)

La violence dans les établissements scolaires

Depuis plusieurs semaines, le hashtag « pas de vague(s) » révèle le profond désarroi des professeurs et leur impuissance à endiguer les comportements violents de certains élèves dans les classes. Leurs témoignages ne sont pas orientés contre leurs élèves mais contre l’administration scolaire qui, dans certains cas, semble refuser toute pratique de sanctions, notamment pour les actes violents.

Tandis que les parents de l’AFPEAH découvrent avec effroi les agressions dont peuvent être victimes les enseignants et les élèves au sein des établissements, certains professeurs de notre association constatent également une hausse des « incivilités » et la difficulté à faire cours dans des conditions décentes, ce qui pénalise en dernier ressort tous les élèves.

 

                                           (Photo @Alex-Iby)

Que faire ? Il n’est pas question de s’en tenir aux deux seules positions caricaturales : Compréhension et pseudo bienveillance d’un côté, réaction et démonstration de force de l’autre.

Dire que l’enseignant doit reprendre sa place d’adulte ayant autorité signifie évidemment que l’administration le seconde et appuie ses décisions : là où chef d’établissement et CPE font corps avec les professeurs, le climat scolaire est plus serein, les élèves plus disciplinés et davantage prêts à étudier.

Mais la politique actuelle ne va pas dans le sens de « l’enseignant ayant autorité » : les diplômes sont donnés indépendamment de la réalité du niveau des élèves comme le montre la dernière étude du CNESCO.
Que valent alors les évaluations conçues tout au long de l’année scolaire par les professeurs si les examens nationaux n’ont plus aucun rapport avec le niveau des élèves ? L’un des professeurs de notre association rapporte qu’un de ses élèves en grande difficulté scolaire a néanmoins eu le brevet avec mention Très Bien… Quel regard le parent concerné va-t-il porter sur l’enseignant honnête et consciencieux? Ne mettra-t-il pas en cause son autorité?

 

(http://www.cnesco.fr/wp-content/uploads/2018/10/181025_Cnesco_synthese_IDF.pdf page 25).

 

De même, quelle autorité peut avoir un enseignant qui n’a plus la maîtrise des contenus qu’il enseigne, qui n’a plus la maîtrise de sa pratique pédagogique ?  En effet, les nombreuses réformes tendent à imposer des œuvres et des thèmes comme si les enseignants ne connaissaient pas leur métier, comme s’ils n’étaient que de simples répétiteurs.

Quelle autorité peut avoir un enseignant épuisé qui court d’un établissement à l’autre, d’un CDD à l’autre pour boucler ses fins de mois ? A titre d’exemple, il est devenu classique, depuis la fermeture des cursus bilangues, de rencontrer des professeurs d’allemand contraints de se partager sur deux voire trois établissements. Quelle autorité peut avoir un enseignant recruté via Pôle Emploi et qui muni d’une licence de droit se retrouve à enseigner le français en classe de troisième ? Depuis plusieurs années, tout est fait pour décrédibiliser la fonction du professeur, son expertise et ses connaissances. Les réformes permanentes et la communication qui les accompagne présentent les enseignants comme réfractaires au changement. Les parents ont la haute main sur le passage en classe supérieure de leurs enfants et il ne servirait à rien d’étudier puisque le savoir ne serait qu’à une portée de clic sur Wikipedia.

Sur quelles bases les professeurs peuvent-ils alors asseoir leur autorité ?

Dire que le chef d’établissement doit seconder, appuyer les enseignants signifie évidemment que la voix du professeur est prépondérante : dès lors qu’on met en doute sur la parole de l’enseignant, dès lors qu’adultes et enfants sont mis sur un pied d’égalité, il devient impossible de restaurer l’autorité de l’enseignant. Mais comment conforter l’autorité de l’adulte lorsque les mots d’ordre sont  « Bienveillance, médiation, compréhension et estime de soi des élèves » ?

De même, à partir du moment où les établissements sont mis en compétition les uns avec les autres, sont classés en fonction des résultats et du « climat scolaire », il s’avère difficile de faire connaître les actes délictueux, voire criminels qui se passent au sein d’un établissement.

Mais grâce ou à cause des téléphones portables et de la fierté de nos jeunes à adopter des conduites limite, grâce ou à cause des réseaux sociaux, les informations circulent vite et la violence désormais se voit. Il est évident que cette violence est le fruit d’une société qui se délite et n’est pas propre à l’école. Les élèves ont-ils seulement conscience de la gravité de leurs actes ? Rien n’est moins sûr : le jeune  « braqueur »[1] rigole, ses amis aussi sur la vidéo qui a donné naissance au hashtag #pasdevague(s). Or, l’école est un lieu d’éducation et éduquer signifie aussi savoir interdire. Ni les enseignants, ni les élèves n’ont à subir la violence de quelques-uns et le brouhaha permanent quand bien même les violences seraient le résultat d’un malaise social voire d’un état d’infantilisation prolongé. A ce titre, l’on ne peut que constater que l’école dite inclusive, telle qu’elle est conçue, est incompatible avec un climat serein.

La fermeture de certaines classes ou l’évolution des dispositifs spécifiques qui prenaient en charge avec des enseignants formés[2] des élèves ne pouvant suivre les cours ordinaires, le faible nombre de places dans les structures spécialisées comme les IME (Instituts médicaux-éducatifs) qui offraient une scolarité adaptée à des élèves à profils particuliers, voire à des élèves violents et qui travaillaient justement sur le « malaise » de ces jeunes gens, renvoient sans soutien dans les établissements classiques des élèves déboussolés, fragiles, handicapés ou violents, pour lesquels la classe dite ordinaire n’est pas adaptée. Pour ne citer qu’un exemple, dans le Haut-Rhin, 250 familles dont les enfants souffrent d’autisme étaient sur liste d’attente en mars 2018.

Ces économies de bouts de chandelle se paient au prix fort. A cela s’ajoute le manque de surveillants et d’infirmières, alliés précieux des élèves en perdition et de leurs professeurs.

Enfin, la mise en concurrence des territoires, des établissements, des professeurs et des disciplines met à mal les liens de solidarité qui devraient permettre aux adultes de faire front : le marketing, la communication et le pas de vague l’emportent sur l’éducation et l’instruction. Dès lors que vous mettez en concurrence les professeurs via leurs disciplines, problèmes que connaissent bien les professeurs de langues, mais que connaîtront demain tous les enseignants grâce à la réforme du lycée et que vous individualisez les carrières en fonction de critères subjectifs, voire opaques, chaque professeur aura intérêt à offrir de lui-même une belle image de marque professionnelle et à surtout, surtout, ne pas faire de vagues.

Synthèse rédigée par Béatrice Hermesdorf, pour l’Afpeah

 

 

[1] Les deux élèves auraient été exclus définitivement de l’établissement selon le rectorat. Ils devraient être accueillis par de nouveaux établissements avec un suivi éducatif.

[2] Classes d’ULIS ou de SEGPA

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