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Prix de l’Afpeah 2019-2020

Le Prix de l’Afpeah 2019-2020

récompensera une nouvelle

centrée sur

la figure du Minotaure

 

 ARTICLE 1: PRÉSENTATION GÉNÉRALE

Le « Prix de l’Afpeah » entend valoriser l’écrit, la culture antique et tout particulièrement la mythologie ainsi que le genre littéraire de la nouvelle.

Chaque année, les participants devront imaginer une réécriture d’un mythe de l’Antiquité gréco-romaine.

Le mythe constituera une source d’inspiration dans laquelle les élèves pourront puiser à leur gré.

Leur réécriture s’ancrera dans l’univers narratif qui leur convient (Science-fiction, réalisme, fantastique).

Ils retiendront tout ou partie des éléments constitutifs du mythe.

 

Le concours est ouvert aux élèves de collège et de lycée.

Le texte doit être écrit en langue française, il ne doit pas comporter de fautes d’orthographe.

Le texte sera rédigé soit par un élève, soit par une classe entière (dans le cadre d’un projet collaboratif).

Le jury est composé de professionnels de la culture, de parents et de professeurs.

 

ARTICLE 2 : ENVOI DES NOUVELLES

Les nouvelles (une seule nouvelle inédite par auteur, jamais primée) devront être envoyées par mail, en fichier word

à PrixAfpeah@protonmail.com


ARTICLE 3 : CRITÈRES DE RECEVABILITÉ

Envoi des documents (récit, bulletin d’inscription et autorisation parentale), au plus tard, le 15 février 2020.

Nom et adresse de l’établissement scolaire :

Nom du professeur référent :

Présentation de l’auteur ou de la classe en 4 lignes :

Longueur de la nouvelle: 12 000 signes maximum (espaces compris).

Format: A4, Police Times New Roman, taille 12.

Thème imposé respecté (la FIGURE MYTHIQUE DU MINOTAURE, cette année).

Une seule nouvelle inédite par élève ou groupe classe.

Le non-respect de ces règles entraîne la non-recevabilité de l’inscription.

 

ARTICLE 4 : PRIX

Un chèque de 200 euros sera adressé à chaque lauréat ( un pour le niveau collège / un pour le niveau lycée),

avec publication des nouvelles sur le site de l’Afpeah, sans versement de droits d’auteur

et sans que l’auteur puisse invoquer cette publication à l’appui d’une quelconque revendication

quant à un dommage indirect qu’il subirait du fait de cette publication.

Le nom des lauréats et le titre de leur nouvelle seront annoncés sur le site de l’association, le 30 mai 2020.

Le jury se réserve le droit de ne délivrer aucun prix si les réécritures ne répondent pas à ses attentes.

 

ARTICLE 5 : DIVERS

Le jury décline toute responsabilité en cas d’envoi égaré ou reçu hors délai. Les délibérations du jury sont confidentielles et souveraines. Aucune contestation ne sera admise. Le fait de participer au concours implique l’acceptation de chacun des articles de ce règlement. Pour toute question concernant les modalités du concours, écrire à PrixAfpeah@protonmail.comLes membres du jury, leurs élèves et leur famille ne sont pas autorisés à participer.

PJ à fournir avec toute inscription: bulletin d’inscription et autorisation parentale (voir ci-dessous)

 

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NB (à destination des professeurs, membres du jury):

Prix Coup de coeur des collégiens / Prix Coup de coeur des lycéens

Les enseignants, membres du jury du Prix de l’AFPEAH,  se sont engagés à ne pas faire participer leurs élèves à ce travail de réécriture du mythe par souci d’impartialité.

Ils ont, en revanche, la possibilité d’impliquer leurs élèves dans ce concours national en leur proposant de participer à un jury de collégiens ou à un jury de lycéens.

Au terme d’une concertation, les élèves en question attribueront un Prix Coup de cœur des collégiens et un Prix Coup de cœur des lycéens aux textes qu’ils auront choisis. Un chèque de 25 euros sera transmis à ces lauréats. Les nouvelles retenues par les jurys d’élèves seront également publiées sur le site de l’AFPEAH.

           

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PJ n°1 : Bulletin d’inscription au prix de l’Afpeah

http://www.afpeah.fr/wp-content/uploads/2018/08/Bulletin-dinscription-au-Prix-de-lAfpeah.pdf

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PJ n°2 : Autorisation parentale pour les mineurs 

http://www.afpeah.fr/wp-content/uploads/2018/08/Autorisation-parentale-PDF.pdf

 

Prix « Coup de coeur des lycéens »

Une descente aux Enfers

 

 

« Tu es ma muse, ma dryade,

Ensemble nous vaincrons les tempêtes.

Notre amour est la plus belle des sérénades,

Et notre histoire est digne des plus grands poètes ! »

 

 

Très amoureux, Orphée et Eurydice avaient l’habitude de sortir en boîte le samedi.

Mais ce soir-là, le destin décida que leur bonheur avait assez duré.

Orphée passait du bon temps avec ses amis. Ils riaient, ils profitaient. Le jeune homme était convaincu que rien ne pourrait venir interrompre son bien-être.

Il se trompait. Dans un coin isolé, à l’abri des regards, le Mal s’emparait d’Eurydice. Long, fin, sans un bruit, le serpent planta ses crocs dans la veine de la jeune femme. À mesure que son poison se répandait dans son corps, elle se sentait sombrer dans un parfait bonheur, dont elle ne pourrait désormais plus se passer.

On était allé chercher Orphée pour l’avertir, mais il était déjà trop tard, Eurydice avait entamé sa descente aux Enfers. Quand le jeune homme arriva, il trouva sa bien-aimée, assise sur le carrelage crasseux, une seringue plantée dans l’avant-bras. Jamais il n’avait ressenti pareille peur. Mais elle était vivante, elle respirait encore ! Son cœur, gorgé d’héroïne comme une éponge, battait toujours et, sous ses paupières fermées, ses yeux palpitaient comme si elle faisait un mauvais rêve.

 

Les semaines passèrent. Orphée n’oubliait pas. Au début, ça n’avait pas eu l’air vraiment grave. Eurydice gobait quelques pilules de temps en temps, mais ça ne pouvait pas bien faire de mal. Comment résister à ce goût sucré de fruits et de caramel ? Puis, elle avait essayé de nouvelles drogues, parce que « c’était bien de varier les plaisirs ». Elle promettait de rester sage et de ne jamais trop exagérer sur sa consommation mais, malgré toutes ses belles promesses, elle finit par tomber dans le besoin constant de sentir de la drogue lui couler dans les veines. Et cette passion, trop grande pour elle, finit par la consumer. Elle s’isolait à la cave et n’en remontait jamais. C’était devenu sa prison.

 

Orphée était inconsolable. Tous les soirs, il laissait échapper son chagrin en longs sanglots, seul avec ses souvenirs et le fantôme de son amour perdu. Il respirait la douce odeur d’Eurydice imprégnée dans les draps. Il l’aimait à mourir. Oui, c’est ça, il l’aimait à mourir. Mourir d’amour ou d’overdose, qu’importe ? Tout ce qui comptait était que son amour soit toujours vivant. Orphée, cependant, était dans une impasse : il n’en pouvait plus de vivre avec une toxicomane, mais comment pouvait-il oublier cette passion ardente ? La situation était devenue insoutenable pour le couple. Le jeune homme savait qu’elle souffrait autant que lui, et que toutes ces drogues l’entraîneraient de plus en plus vers le fond. Il fallait stopper cette descente aux Enfers, c’était devenu une question de vie ou de mort.

 

Alors, dans un élan héroïque, il descendit dans la pénombre de la cave, comme était descendu Ulysse aux Enfers. Là, tout n’était que désordre et chaos ! Dans la pièce régnaient une chaleur atroce et une odeur nauséabonde. L’ampoule nue, accrochée au plafond, faisait danser sur les murs des ombres inhumaines. Pareils à Cerbère, trois rats, cachés dans un coin, observaient fixement Orphée de leurs yeux luisants, comme prêts à lui bondir dessus pour l’entraîner dans les ténèbres. Assise par terre au milieu de cet obscur décor, Eurydice était en transe. Une seringue traînait à ses pieds, entre un petit tas d’herbe et une boîte remplie de poudre blanche…

 

Orphée s’approcha doucement. Le jeune homme regarda ce visage qu’il avait autrefois tant chéri, et ne le reconnut pas. Eurydice semblait avoir trente ans de plus. Ses traits, autrefois fins et doux, étaient maintenant remplacés par de vilaines rides. Sa peau était d’un blanc sale, et des taches sombres couraient sur son corps. Elle semblait baisser la tête honteusement, mais il vit quand même ses yeux. Leur bleu cristallin s’était teinté d’une sombre clarté, iris laiteux dans un regard ténébreux.

Et sa joie de vivre… Toute sa joie de vivre avait disparu, comme disparaît la neige au printemps.

En réalité, Orphée l’aurait cru morte s’il n’avait pas senti son souffle.

 

Orphée s’assit en face d’Eurydice et, quand elle plongea son regard dans le sien, il vit des larmes dévaler ses pommettes. Son cœur se serra dans sa poitrine. Par pitié … ou par amour ? Il passa une main sur la joue de la jeune femme et essuya avec son pouce ses yeux mouillés. Puis il la prit dans ses bras, et lui chuchota à l’oreille :

« Tu es ma muse, ma dryade,

Ensemble nous vaincrons les tempêtes.

Notre amour est la plus belle des sérénades,

Et notre histoire est digne des plus grands poètes ! 

Jamais je ne t’abandonnerai,

Entre tes mains tu tiens mon sort

Je ne peux vivre sans toi pour de vrai,

Et être loin de toi est pire que la mort. »

 

Alors, pour la première fois depuis des mois, le regard d’Eurydice s’illumina. Comme si enfin elle se souvenait de sa vie, comme si enfin elle se souvenait du bonheur.

Orphée la serra encore plus fort dans ses bras :

« Je te promets de ne jamais t’abandonner !

– Orphée … la voix d’Eurydice commença à trembler … Je veux m’en sortir ! Je veux recommencer à vivre avec toi, comme avant ! Je le veux, plus que tout au monde ! Mais je n’y arrive pas …! Je n’arrive pas à arrêter ! C’est trop dur ! C’est trop bon ! »

Orphée lui caressa doucement la joue :

« Eurydice …Tu es ce que j’ai de plus cher, tu es ma raison de vivre. Et rien n’est plus irremplaçable et plus triste à perdre que la raison de vivre. Nous allons nous en sortir. Nous sommes plus forts que le destin ! Nous allons vivre ! Vraiment ! Simplement ! ENSEMBLE !

-… Donne moi la force d’y arriver…! »

Il l’embrassa tendrement puis, en la prenant par la main, l’aida à se relever. Elle avait du mal à tenir debout, ses jambes avaient perdu l’habitude de marcher. Orphée l’accompagna jusqu’au pied de l’escalier mais, arrivée à celui-ci, Eurydice s’arrêta… Elle avait une condition…

« Plus jamais ! dit-elle. Je ne veux plus jamais retourner en soirée tant que je ne serais pas sûre d’avoir décroché ! »

Elle est courageuse, pensa Orphée. Elle a toujours été très courageuse.

Et il lui promit, sur tout l’amour qu’il avait pour elle, qu’il respecterait sa condition.

Eurydice sourit tristement. Puis Orphée la prit par le bras et ensemble ils remontèrent la pente.

 

Chaque jour qui passait l’éloignait un peu plus de l’enfer. Orphée retrouvait son Eurydice, joyeuse et pleine de vie comme autrefois ! Elle se libérait doucement de sa dépendance, retrouvait peu à peu sa vitalité. De cette épreuve, leur amour s’intensifia. Ensemble, ils se sentaient invincibles !

Pensant qu’elle était enfin sortie de ce sombre tunnel, Orphée emmena Eurydice en soirée…

Tout se passa bien jusqu’à ce qu’il la quitte des yeux.

Elle se retrouva face à son ancien dealer qui lui proposa de nouvelles sensations, une pilule inoffensive,  »juste pour essayer  ». À cet instant précis, tout bascula.

 

Orphée la retrouva à contre-cœur dans les toilettes. Adossée contre le mur. Il s’approcha d’elle. La prit dans ses bras. Il savait.

Elle le regarda en larmes.

« Tu m’avais promis… » lui dit-elle.

Puis elle posa sa tête sur son cœur. Et s’endormit à tout jamais…

 

Mia Gabriel

Lycée Condorcet, Belfort.

 

 

 

Prix Littéraire de l’Afpeah (Collège)

Orphée le Métalleux

 

Cinq heures du matin ; Orphée était désemparé. Il avait perdu tout ce pour quoi il vivait ; Eurydice, l’amour de sa vie, était morte un mois auparavant, écrasée par un camion. Le jeune homme avait été condamné à la regarder mourir sans ne rien pouvoir faire. Depuis, il ne dormait pas, ne sortait de sa chambre que pour manger et ne parlait à personne. Il n’avait pu se contraindre à se rendre à l’enterrement d’Eurydice. Pourtant, il aurait voulu lui dire adieu, tourner la page, revivre, mais le poids de la douleur l’avait paralysé. À vrai dire, le jeune homme n’arrivait pas à s’imaginer une vie sans elle. Sortir de chez lui, voir des amis, cela aurait signifié accepter sa mort ; et ça, il ne pouvait s’y résoudre.

Jusqu’à ce jour, Orphée avait eu une vie de rêve : il avait un bon nombre d’amis sur qui compter, était plutôt beau, et surtout, mondialement connu pour son Métal incomparable. Il était à la fois le chanteur et guitariste d’un groupe à la renommée internationale ; le batteur, quant à lui, était son meilleur ami Jayson. Bien qu’à leurs débuts, les Métalleux n’aient pas recherché la gloire et n’aient joué que pour leur plaisir, leur premier album s’était vendu à plusieurs millions d’exemplaires. Les morceaux composés par Orphée étaient si puissants que même une personne qui détestait ce genre de musique ne pouvait qu’être enthousiasmée. Mais maintenant, la vie du chanteur était en train de tourner au cauchemar. Orphée ne voyait plus personne, ne se lavait plus, ne chantait plus. L’absence d’Eurydice l’avait détruit.

Après un mois à se morfondre, cloîtré dans sa chambre, Orphée se décida enfin à sortir pour aller faire ses adieux à Eurydice. Arrivé au cimetière, il trouva près de la tombe de sa bien-aimée une lyre semblable à celles que les Grecs possédaient dans l’Antiquité, en parfait état. Il commença à jouer quelques notes tristes et l’ambiance du cimetière changea radicalement. Plus aucun bruit ne se fit entendre mis à part la musique d’Orphée. Sur la pierre tombale, apparut alors une lueur dorée qui, en s’estompant, révéla des lettres grecques brillantes. Le jeune homme parvint à lire :

 

Naquit alors en lui l’espoir fou de revoir un jour Eurydice. Sans chercher à comprendre pourquoi ces lettres étranges étaient apparues, il posa la lyre de côté et nota rapidement les symboles sur un papier qui traînait dans sa poche.

Il rentra chez lui puis entreprit des recherches sur l’écriture grecque ancienne. Il apprit que les Grecs se servaient de lettres pour écrire les chiffres. Après traduction, il obtint une suite de nombres ainsi qu’une phrase : « 36°23’34. N 22°28’03. E. La musique est la clé. » Il chercha ces chiffres sur Internet, et tomba sur une position Google Maps. C’était un endroit situé non loin du Cap Ténare, en Grèce. Il googlelisa le lieu et découvrit que les mythes antiques le considéraient comme l’une des entrées des Enfers. En proie à une intuition, il fut certain qu’il devait se rendre là-bas et se dit que Jayson pourrait sûrement l’aider. Il téléphona alors à son ami qui attendait cet appel depuis un mois. Après lui avoir expliqué ce qui était arrivé au cimetière ainsi que la signification des lettres mystérieuses, Orphée le convainquit de se rendre avec lui à l’endroit signalé par la phrase énigmatique. Ils prendraient l’avion jusqu’à l’aéroport de Kythira, qui était le plus proche du Cap Ténare, loueraient ensuite un bateau, et iraient jusqu’aux coordonnées indiquées par le GPS, et là-bas… ils ne savaient pas ce qui les attendait en fait. Mais il était impensable de ne pas y aller.

 

Ils prirent avec eux leurs instruments de musique ainsi qu’un générateur d’électricité pour pouvoir jouer en plein air. Orphée s’équipa de sa guitare d’excellente qualité avec haut-parleur intégré, quant à Jayson, il se contenta d’une batterie simplifiée mais efficace, prévue pour être démontée et mise dans une valise.

Une fois arrivés sur les côtes grecques, ils louèrent un bateau, enclenchèrent le GPS et suivirent la direction indiquée. La mer était calme. Pour passer le temps, ils commencèrent à jouer une musique totalement improvisée. Ils arrivaient toujours à être synchronisés par on ne sait quelle magie. Les cinquante kilomètres qui les séparaient de leur destination passèrent donc plutôt rapidement.

A proximité de la localisation donnée, ils remarquèrent que des nuages recouvraient curieusement. Ils arrêtèrent de jouer. Tout en observant ce phénomène, ils entendirent un son retentir au-dessus d’eux. C’était une note pure et constante, limpide comme l’eau sur laquelle ils naviguaient. La note fut bientôt rejointe par d’autres, créant ainsi une mélodie magnifique et majestueuse. Bientôt ils virent tournoyer dans le ciel des créatures ressemblant à des oiseaux bizarres. Celles-ci descendirent à pic tout autour du bateau pour rejaillir à la surface des eaux en intensifiant leur mélodie ensorcelante. Jayson eut soudain l’envie irrésistible de s’approcher de ces oiseaux et commença à s’avancer vers le bord du navire pour plonger dans la mer. Orphée se rappelant que son ami ne savait pas nager tenta de le retenir dans sa marche insensée en lui criant de s’arrêter, mais le batteur poursuivit son geste, sans faire attention au reste. Juste avant que son ami ne se jette à l’eau, le guitariste prit son instrument et commença à jouer pour attirer son attention. L’effet fut immédiat et Jayson reprit ses esprits. Cependant la musique d’Orphée n’avait pas seulement interpellé son ami ; les sirènes, car c’étaient bien à de tels êtres qu’ils étaient confrontés, offensées par cet air qui leur faisait concurrence, s’élancèrent vers le bateau, en dévoilant leurs corps immondes et disproportionnés ainsi que leurs mains griffues, afin de déchiqueter leurs occupants. Alors que les musiciens pensaient leur dernière heure arrivée, la lyre qu’Orphée avait trouvée au cimetière apparut directement dans ses mains, en un rayon de lumière dorée. Il joua instinctivement, créant une mélodie magique et enchanteresse. Les monstres ailés furent envoûtés par cette musique, et vaincus, prirent leur envol dans les cieux.

Une fois les sirènes parties, la lyre s’illumina puis disparut. Un îlot rocheux émergea subitement de l’eau, et les deux musiciens aperçurent une grotte au milieu de l’île où ils débarquèrent. Orphée prit sa guitare et Jayson les éléments les plus importants de sa batterie, qu’il plia et mit dans son sac à dos. Une fois dans l’antre, ils découvrirent un escalier en colimaçon qui descendait dans les profondeurs de la terre. Ils s’enfoncèrent dans les ténèbres.

 

Lorsqu’ils furent arrivés en bas, les Métalleux n’en crurent pas leurs yeux. Ils se trouvaient juste au-dessus d’une foule d’esprits, qui attendaient des barques afin de passer de l’autre côté d’un fleuve. Il en arrivait par dizaines chaque seconde. Orphée comprit qu’ils se trouvaient aux Enfers et pensa que Charon, le passeur du Styx, avait dû s’adapter à ce rythme frénétique. Au-delà du fleuve, les âmes passaient par des sortes de portiques et étaient réparties sur différents chemins. Celui de gauche menait à une forteresse impressionnante entourée d’un fleuve de lave, alors que celui de droite conduisait à un palais resplendissant. Le chemin du milieu, lui, menait à une plaine remplie d’esprits.

Parmi toutes ces âmes défuntes, Orphée reconnut instantanément Eurydice. Elle était toujours aussi belle, même sous forme de fantôme. Orphée voulut courir à sa rencontre, mais Jayson l’en empêcha, car il n’aurait jamais pu traverser le Styx à la nage. Ils décidèrent alors d’attirer l’attention d’Eurydice. Jayson installa sa batterie et les musiciens commencèrent à jouer. Ils montèrent le volume des amplis au maximum et le résultat fut plus que surprenant. Tous les esprits captivés par la musique se tournèrent dans leur direction, y compris celui d’Eurydice, et commencèrent à danser. Mais il n’y eut pas qu’eux qui furent enthousiasmés par la musique. Cerbère, le gardien des Enfers, succomba aussi. Le chien monstrueux n’accourut pas vers eux pour les chasser, mais pour profiter de la musique. Tous les Enfers écoutaient ce concert improvisé.

Soudain, la porte du palais s’ouvrit et un homme imposant, avec des cheveux encore plus longs que ceux d’Orphée, des tatouages sur tout le corps et des piercings en forme de piques, en sortit. Il leva la main et fit le fameux signe des Métalleux, le signe des cornes. Quand il arriva au milieu de la foule des esprits en délire, les deux musiciens s’aperçurent qu’il faisait au moins deux fois leur taille. Les jeunes hommes s’arrêtèrent en réalisant qui était l’individu qui se tenait devant eux. Hadès leur adressa la parole :

– Alors, comme ça, des mortels sont venus mettre de l’ambiance dans mon royaume ? On ne va pas s’en plaindre ! Jouez !

Orphée et Jayson furent surpris de cette requête, mais si Hadès en personne leur demandait de jouer, ils comptaient bien le satisfaire. Ils mirent tout leur cœur dans un nouveau morceau. Jayson tapait sur sa batterie avec force, Orphée chantait à s’en déchirer les cordes vocales ; leur rythme était parfait, rien n’aurait pu gâcher ce moment. Sauf que, lorsqu’ils atteignirent l’apothéose du morceau, la batterie pliable se brisa. Hadès, fâché de cette interruption, dirigea sans la moindre hésitation son sceptre sur Jayson qui s’embrasa instantanément. Une fraction de secondes plus tard, il ne resta qu’un tas de poussière du meilleur ami d’Orphée.

– Quoi ?! Mais… Pourquoi ?

– Un batteur sans batterie ne sert à rien, répondit Hadès d’un ton indifférent. Joue plutôt un solo !

Orphée, paralysé par la peur, n’arriva pas à jouer. Il aperçut au loin l’esprit de Jayson arriver, l’air choqué et surpris, au milieu de la foule des autres âmes.

– Quoi encore ? Pourquoi tu ne joues plus ? demanda Hadès.

Orphée ne parvint pas à répondre, persuadé qu’il allait subir le même sort que son ami d’un l’instant à l’autre.

– Bon, si tu ne veux pas jouer, tu ne me sers à rien !

Hadès s’apprêtait à incinérer le guitariste, mais distrait par un chat doré venu se frotter contre la jambe d’Orphée, il arrêta son geste. Le chat s’éloigna du Métalleux de quelques pas, puis se métamorphosa en un magnifique jeune homme blond et musclé. Il avait dans la main la lyre qui était déjà apparue deux fois à Orphée.

– Attendez mon oncle, je me suis donné de la peine pour que ce mortel talentueux reste en vie, ce n’est pas pour que vous veniez tout gâcher en l’anéantissant! Je suis le dieu de la musique et ce mortel est le musicien le plus talentueux que j’ai rencontré – à part moi bien sûr. Il est de mon devoir de le protéger.

– Oui ! Eh bien, si tu ne veux pas que ton champion finisse en cendres, trouve un moyen pour qu’il continue de chanter.

– Je n’ai qu’à remplacer le batteur, ça te va Orphée ?

Ce dernier ne répondit pas, toujours sous le choc.

– Bon, à mon avis, il accepterait de jouer si tu lui promettais de lui rendre cette mortelle-ci, reprit Apollon en pointant Eurydice du doigt.

– Un concert fantastique contre une âme ? Ça marche !

En entendant cela, Orphée devint euphorique et oublia même la mort de son ami. Il lui suffisait de chanter pour sauver Eurydice ! Il improvisa alors, dans un tourbillon d’accords et de rythmes, une musique très rapide et extrêmement entraînante ; Apollon l’accompagnait à la perfection. Le résultat était si réussi qu’Hadès était épaté. Il n’avait jamais entendu de musique pareille. Le morceau terminé, le dieu des Enfers respecta sa parole et laissa l’esprit d’Eurydice partir avec son fiancé. Cependant, il ajouta une condition afin de s’amuser encore un peu avec ce mortel. Orphée ne devait pas regarder Eurydice ni lui parler avant d’être sorti des Enfers. Bien que contrariés par ce divin caprice, les amoureux n’avaient pas d’autre choix que d’obéir. Ils se mirent en route, la jeune femme suivant Orphée.

Si le défi lui semblait simple au début, plus il avançait, plus Orphée se demandait si Hadès ne s’était pas payé sa tête. L’envie de vérifier qu’Eurydice le suivait bel et bien grandissait à chaque marche franchie. Il commençait à apercevoir la lumière extérieure quand la pression atteignit son paroxysme. Il était à peu près certain qu’Hadès allait refermer l’entrée de son royaume juste après qu’il en fut sorti et qu’il n’aurait plus jamais d’autre occasion d’aller rechercher Eurydice. Au bout d’un moment, il en eut assez de marcher persuadé que le dieu se moquait de lui. Quel autre intérêt Hadès aurait-il eu de préciser cette condition sinon ? Il se retourna, et ce fut la fin de tout espoir. Il vit le visage horrifié de sa bien-aimée attirée dans les tréfonds de la terre. Il voulut la rattraper, mais n’en eut pas l’occasion. Sa vision se couvrit de noir et il fut téléporté auprès de son bateau.

Il aurait pu rentrer chez lui, mais il n’en vit alors pas l’intérêt. Sa raison de vivre était restée sous terre, et sans raison de vivre, Orphée n’était plus qu’une coquille vide. Il ressentait chaque seconde qui s’écoulait comme un supplice. À chacun de ses battements de cœur, une voix dans sa tête lui répétait qu’il avait tué Jayson et Eurydice.

Il s’assit alors sur un rocher, ouvrit son couteau suisse, contempla la lame reflétant la lune, localisa une des veines de son bras et plaça le métal froid contre sa peau. Un éclat de lumière dorée l’interrompit, et la lyre d’Apollon apparut. Orphée la regarda, la ramassa et la jeta dans l’écume bouillonnante des eaux glacées. Il reprit son couteau et se trancha l’artère d’un geste net et précis. Le sang, qui coulait à flots, témoignait de la perfection de son acte. En sentant la vie quitter son corps petit à petit, Orphée se sentit apaisé. Il s’étendit sur le rocher et regarda la mer infinie. Il ferma les yeux paisiblement, et ne les rouvrit plus jamais.

 

Katia TilleDelphine MontiJulie WittwerSophie BrouetThimothée Taverney, Beatriz PardalLoick HeizShania GicotAntonio Queiros da RochaClément Courvoisier

Établissement secondaire des Dents-du-Midi, Aigle, Suisse.

Prix littéraire de l’Afpeah (Lycée)

La Figure d’Eurydice#56

Il existait, dans un lieu et en un temps inconnus, un robot qui se nommait Orphée#84.

Je pense que le meilleur mot pour le décrire était… carré.

Comme tous les robots de son monde, Orphée#84 était carré. La tête, carrée. Les jambes, carrées. Même les boulons étaient carrés.

Mais ce n’était pas tout. En plus des robots, la verdure, les animaux, et les aliments l’étaient aussi. Si bien que depuis sa naissance, ce pauvre être mécanique n’avait pu admirer d’autres formes.

 

Orphée#84 possédait donc une apparence profondément basique.

Mais il avait une particularité intérieure qui le différenciait des autres. C’était le plus savant mathématicien de la région. Tous les théorèmes possibles à propos de la forme du carré et du cube, il les avait découverts, prouvés, et prouvés à nouveau.

Il maniait les chiffres à la perfection, et s’appropriait par cela un certain succès. Son nom était célèbre dans la région. On le citait dans les écoles, on parlait de lui dans toutes les discussions, on le saluait respectueusement quand on le croisait, si bien qu’il passait pour un robot de qualité, de pouvoir, et aussi de séduction.

En réalité, toutes les jeunes robotes du pays en pinçaient pour le mathématicien.

La manière qu’il avait de parler de calculs, d’additionner, de soustraire par le quotient des faces opposées, de multiplier par Pi, de diviser la somme des aires parallèles par la diagonale mise au cube, d’additionner la racine carrée de l’ensemble et de diviser à nouveau le tout par 8,52 leur faisait tourner la tête, et les rendait folles. Folles de lui.

Elles venaient souvent le voir, en groupe, et s’asseyaient à ses pieds, buvant ses paroles.

Il était tellement séduisant, avec ses calculs interminables, qu’elles en redemandaient à chaque fois.

Mais elles étaient toutes plus carrées les unes que les autres, et cela ennuyait profondément notre Orphée# 84.

Il en avait assez de ressasser les mêmes calculs et les mêmes théorèmes, et le soir, il s’endormait en rêvant de nouvelles formes.

 

Mais un jour, une nouvelle robote arriva dans les environs.

Et dès l’instant où Orphée#84 l’aperçut, il tomba fou amoureux : elle avait la tête triangulaire ! C’était trop beau pour notre robot, son rêve se réalisait enfin ! Il laissa tomber une larme de joie carrée, et s’élança vers la belle. C’était le coup de foudre incontesté.

Il lui adressa la parole en ces termes :

« Bonjour, nouvelle robote ! Par les côtés consécutivement parallèles d’un carré et par la perpendicularité de ses diagonales, je trouve que votre tête a une forme tellement exquise, qu’elle fait accélérer dangereusement mon cœur ! Au lieu de mes habituels 20 battements par minute, je les sens se multiplier par 4,56, et atterrir à un total inquiétant de 91,2 battements à la minute, sois un total d’1, 52 battement par seconde, contre les 0,333333333333333333333333 qui sont de coutume ! »

Ce n’était certainement pas la plus belle déclaration d’amour qu’on ait faite, mais cela sembla ravir la robote triangulaire, qui, aussitôt, demanda le mariage.

« J’accepte avec 3,5 racine carrée de Pi JOIE ! Je viens de créer une nouvelle idée ! Eurêka !

– Tu es tellement inventif ! J’en suis fascinée ! Embrasse moi, euh… Quel est ton nom ?

– Orphée#84, et vous, beauté ?

– Eurydice#56, mon fiancé ! »

Et sur ces joyeuses paroles, ils partirent organiser leur mariage.

 

Le lendemain, les festivités commencèrent. Eurydice#56 avait revêtu un voile blanc qui moulait parfaitement la triangularité exemplaire de son crâne.

Cependant, les jeunes robotes du village étaient terriblement jalouses de ce mariage, et, ne pouvant le supporter, elles organisèrent bientôt un stratagème pour éloigner à jamais la jeune mariée de leur mathématicien préféré.

Pendant que les invités s’attardaient à table, après avoir englouti la superbe pièce montée carrée, elles proposèrent à Eurydice#56 de venir avec elles, pour discuter entre filles.

Elle accepta de bon cœur. Mais à l’instant où elle ne fut plus sous le regard protecteur de son mari, les robotes lui lancèrent un serpent vert, constitué de petits carrés attachés entre eux.

Le serpent croqua dans la pauvre Eurydice#56, qui tomba instantanément, raide morte.

Les méchantes filles à têtes carrées, qui savaient où se trouvait l’unique charme de la mariée, lui arrachèrent la tête et l’emmenèrent avec elles comme un précieux butin.

 

Quand le pauvre Orphée#84 sortit et vit sa pauvre femme morte et sans tête, il fut tellement horrifié qu’il entreprit, sur-le-champ, de se rendre dans les enfers, où il irait retrouver sa tendre épouse et sa jolie tête triangulaire, qu’il n’avait même pas encore eu l’occasion d’analyser.

 

Le lendemain, il arriva sur les berges du Styx. Le fleuve ressemblait à une immense tache noire. Une odeur désagréable flottait sur les bords de l’eau. Il régnait un froid glacial et un silence effrayant.

Mais soudain, Orphée#84 entendit un bruit au loin. Une silhouette vague parut bientôt dans l’ombre des flots.

Terrifié, le robot carré était à deux doigts de s’enfuir en courant, mais il se remotiva, pour la gloire de ses théorèmes et l’avenir des mathématiques.

Bientôt, il fut rassuré. Enfin, légèrement rassuré. Ce n’était que Charon, le passeur, qui venait sur sa barque. Il était trapu et portait une grande cagoule qui voilait son visage.

« Il faut payer pour traverser, sinon, tu vas devoir errer sur les bords du fleuve pendant 100 ans. »

 

Zut ! Orphée#84 n’avait pas d’argent sur lui ! Pendant que Charon le regardait d’un air inquiétant, le robot, paniqué, cherchait quoi faire.

« Bon, je vais lui parler mathématiques, se dit-il. C’est la seule chose que je sais faire. »

Il s’assit alors au bord du fleuve et commença à expliquer au passeur les différentes propriétés du carré.

Au début, le sombre personnage avait l’air méfiant. Mais au fur et à mesure, il se prit d’intérêt pour la discussion, et, finalement, il laissa le robot grimper sur sa barque.

 

Quand ils arrivèrent au bout du fleuve, ils se saluèrent amicalement, et se quittèrent.

C’est alors qu’Orphée#84 tomba nez à nez avec un énorme chien à trois têtes.

C’était Cerbère ! Notre mathématicien l’imaginait moins horrible. De ses gueules béantes sortaient des quantités de salive rougeâtre et une haleine fétide.

Sa peau noire luisait et ressemblait à du cuir huileux. D’énormes veines y saillaient et semblaient prêtes à exploser.

Orphée#84 faillit renoncer, mais il avait du courage, et surtout, un immense amour pour la figure de sa fiancée.

Il entreprit donc de réaliser la même stratégie dont il avait usé pour Charon.

« Dites, savez-vous que la forme de ma tête se nomme le cube, et qu’elle comporte une quantité de propriétés géométriques ? Par exemple, prenez une face de ce cube. Si on relie les deux sommets opposés, on obtient une droite, que l’on nomme une diagonale. Or, dans un carré, il existe en tout deux diagonales : effectivement, il n’y a que deux paires de côtés opposés dans une face carrée. Si on trace ces deux diagonales, on se rendra compte qu’elles sont perpendiculaires entre elles, c’est-à-dire qu’elles se coupent en formant un angle de 90°, plus communément appelé angle droit. Et si vous mesurez à quelle longueur elles se croisent, vous constaterez que… »

Le robot s’arrêta net. Pendant qu’il était plongé dans son explication passionnante, un bruit avait retenti et l’avait tiré de ses pensées. On aurait dit… un ronflement.

Et c’était bien cela ! L’effroyable chien à trois têtes s’était endormi, et ronflait allègrement !

Le robot aurait certainement dû en être ravi, mais, au lieu de cela, il était indigné. Comment pouvait-on s’endormir devant des observations aussi pertinentes ? Devant l’exposé d’une matière aussi noble que les mathématiques ?

Il prenait cela comme une injure et une atteinte à sa discipline, et, c’est furieux qu’il pénétra dans les Enfers.

Il ne se donna même pas la peine d’observer l’effroyable paysage qui s’offrait à lui, et entra directement dans le palais infernal où se trouvaient Hadès et sa femme Perséphone.

 

Cependant, quand il arriva en face du dieu des ténèbres, il se calma instantanément.

« Ô grand Hadès, et Ô très haute Perséphone, je viens devant vous pour reprendre ma chère femme qui est morte injustement hier » dit-il en s’inclinant profondément.

Mais le roi des abîmes lui répondit avec dédain :

« Qu’espères-tu, stupide mortel ? Tu es tellement banal que cela m’ennuie. Je ne vois pas pourquoi je serais clément avec toi. D’ailleurs, comment as-tu fait pour passer avec Charon et survivre à Cerbère ? »

– J’ai exposé mes découvertes mathématiques, répondit-il simplement.

Hadès semblait ne pas savoir quoi répondre à une pareille désinvolture. Il se tourna vers sa femme, et ceux-ci discutèrent à messe basse, en lançant parfois de furtifs regards au robot.

Perséphone finit par prendre la parole.

« Quel est ton nom et quelle est celle que tu souhaites reprendre des Enfers ? »

– Mon nom est Orphée#84, et celui de ma femme, Eurydice#56.

– Très bien, reprit-elle. Tu as cinq minutes pour nous présenter le plus intéressant discours que tu te crois capable de faire, Orphée#84. »

Le robot prit une grande inspiration, puis, s’élança dans les cinq minutes les plus mathématiques de sa vie. Il y expliqua, montra et démontra les différentes propriétés du carré et du cube sous toutes ses faces et sous tous ses angles. Il calcula les aires, les périmètres et les volumes, devant les yeux ébahis des deux dieux infernaux.

 

Finalement, ils furent tous deux amplement satisfaits de ce discours, et accordèrent au mathématicien de repartir avec sa femme.

« À une condition, déclara Hadès. Tu ne devras pas adresser un seul regard à Eurydice#56 avant d’être sorti des ténèbres. »

Ayant accepté les termes de ce marché, l’être d’acier s’inclina et sortit.

 

« Je suis là ! C’est moi, ta chérie !

– Eurydice#56 ! s’exclama-t-il en lui tournant le dos. Et il fit un câlin au vide devant lui en criant qu’il l’adressait à sa jolie tête.

 

Tous deux partirent ensemble vers la sortie des Enfers. Le mari marchait devant, et tâchait de ne pas céder à la tentation de se retourner. Ils passèrent aux côtés de Cerbère sans incident et arrivèrent dans la barque de Charon.

Celui-ci était ravi de retrouver son ami, ils commencèrent à converser de leur sujet favori.

Mais soudainement, Orphée#84 perçut quelque chose qui flottait sur les eaux noires.
« Charon, pourrais-tu faire un détour à gauche ? Je vois un étrange objet, là-bas. »

Le passeur l’écouta et dévia sa barque. C’est alors que le robot découvrit la nature de la chose. C’était un ballon ! Un splendide ballon, parfaitement rond, qui flottait là, sur le Styx des Enfers !

Quelle euphorie ce fut pour le mathématicien ! Une nouvelle forme, parfaite, une forme sans sommet, ni arêtes, ni coin ! Il n’aurait jamais pu imaginer une beauté pareille.

Sans réfléchir, il se pencha vers la sphère pour l’attraper.

Hélas, il n’arriva pas à la saisir et déséquilibra entièrement la barque. Le passeur rattrapa tant bien que mal le tangage de son navire, avec ses rames.

 

Mais cela ne changea pas, la fatale position dans laquelle se retrouva le robot. Ayant roulé sur lui-même avec l’agitation de la barque, il se retrouva collé contre le derrière carré d’Eurydice#56.

Aussitôt, selon les paroles d’Hadès, la jeune robote disparut, et retourna aux enfers pour l’éternité. Le ballon flottant s’était volatilisé, lui aussi.

 

Et c’est ainsi que se termine la tragique histoire d’Orphée#84, le mathématicien qui n’eut jamais à étudier d’autres formes que le carré.

Elsa Malkoun,

Lycée Condorcet de Belfort 

Prix littéraire de l’Afpeah

Les membres du jury sont des parents, des professionnels de la culture et des médias ainsi que des professeurs.

 

Nous remercions et félicitons tous les collégiens et les lycéens qui ont participé au Prix littéraire, ainsi que leurs professeurs. Nous souhaitons insister d’emblée sur la très grande qualité des nouvelles que nous avons reçues.

 

Originalité, recherche poétique, force de la réécriture, beauté du style, richesse du lexique caractérisent la plupart des récits que nous avons lus.

Offrant un regard circonstancié sur l’amour, l’Histoire, les dérives et les souffrances de l’adolescence, ces nouvelles proposent également une réflexion sur le conformisme, la modernité, ses mutations et ses dangers.

 

Il a été difficile de départager certains de ces textes. Nous nous souviendrons longtemps de la très belle « Epheor et Eurydice », de son lac glacé, de ses deux personnages féminins, de la richesse de son lexique. Nous n’oublierons pas la beauté visuelle « d’Inséparables », poème en prose, finement ciselé. Nous garderons en mémoire « Coup de cœur » pour son cadre historique et pour le saisissant portrait d’une Eurydice devenue l’ombre d’elle-même. Et comment oublier le lycée infernal de « Disparition d’une lycéenne », la force et le rythme « d’Orphée et le serpent noir », ou la véritable histoire du mythe, découverte dans « Confession d’Orphée », au ton nerveux et humoristique ?

 

Ces récits et bien d’autres encore ont enthousiasmé les membres du jury. Si tous ont souligné l’inventivité des élèves et la richesse de leur imaginaire, ils ont également pris la mesure de la grande plasticité du mythe d’Orphée et Eurydice.

 

À une époque où les langues et cultures de l’Antiquité sont injustement attaquées, les écrits de ces élèves montrent que l’étude des humanités est garante d’excellence et de créativité. À ce titre, nous n’oublions pas de saluer l’engagement des professeurs qui permettent à leurs élèves de mener un travail approfondi sur la langue et la culture gréco-latine. Loin de n’être que de simples adeptes du déchiffrement singulier, ces professeurs sont des passeurs, ils sont les garants d’une transmission qui allie rigueur et passion, ouverture sur le monde, initiation à une altérité mystérieuse et néanmoins universelle.

 

 

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Pour le niveau lycée, les membres du jury décernent le Prix de l’Afpeah à Elsa Malkoun, pour « La Figure d’Eurydice#56 ».

(Lycée Condorcet, Belfort. Professeur: Mme Charpentier)

« La Figure d’Eurydice#56 » conjugue toutes les qualités précédemment énoncées. Ce récit intelligent, inattendu, est servi par une « voix » déjà affirmée et talentueuse.

Très originale dans sa réécriture, totalement décalée, jouant sur les détournements, elle présente une version très moderne du mythe dans laquelle, étrangement, les mathématiques et la géométrie jouent un rôle important. La grande maîtrise de la langue s’illustre dans les jeux avec les mots, les effets de surprise et le rythme efficace du récit. Enfin, et c’est sans doute là ce qui constitue sa plus grande originalité, le texte est extrêmement drôle. Cette drôlerie confère une véritable force à la réécriture et son tempo à la narration. Ajoutons, que, sous ses airs de légèreté, le récit ne se prive pas de porter un regard acéré sur le tragique de la condition humaine et la faiblesse des hommes.

 

 

Pour le niveau collège, les membres du jury décernent le Prix de l’Afpeah à

une magnifique transposition du mythe, faisant la part belle au mystère et à un intéressant anachronisme musical. La richesse du lexique, la fermeté du style témoignent d’un travail d’écriture d’autant plus remarquable qu’il est le fruit d’une collaboration.

Katia Tille, Delphine Monti, Julie Wittwer, Sophie Brouet, Thimothée Taverney, Beatriz Pardal, Loick Heiz, Shania Gicot, Antonio Queiros da Rocha, Clément Courvoisier 

ont en effet, participé à la rédaction de la nouvelle primée,

« Orphée le Métalleux ».

(Établissement secondaire des Dents-du-Midi, Aigle, Suisse. Professeur: Cendrine Chavan)

 

 

 

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Distinction honorifique, non matérielle,

le Prix Coup de Cœur de l’AFPEAH

est décerné par des collégiens et des lycéens scolarisés en Occitanie, en Rhône-Alpes-Auvergne, à Vienne en Autriche

ainsi que dans la région parisienne.

 

Le Prix Coup de Cœur a donc été attribué par des collégiens et des lycéens à deux nouvelles qui ont su les émouvoir. Les jeunes lecteurs ont été touchés par des textes qui mettaient en scène les tourments de l’adolescence. Dans l’un et l’autre cas, ils se sont attachés aux personnages évoqués et ont majoritairement plébiscité des récits ancrés dans un quotidien qui aurait pu être le leur. S’ils ont été sensibles à la beauté du style, à la richesse du vocabulaire, ils ont également signalé l’efficacité des dialogues comme dans « Stéphane, le nouvel Orphée » et apprécié le détournement des motifs mythiques comme dans « Une Descente aux enfers ».

 

Le Prix Coup de cœur des collégiens, décerné par un jury d’élèves, est attribué à Raslane Nachid, pour « Stéphane, le nouvel Orphée ».

(Collège François Truffaut, Gonesse. Professeur: Mme Duchez)

 

Le Prix Coup de coeur des lycéens, décerné par un jury d’élèves, est attribué à Mia Gabriel, pour « Une Descente aux Enfers ».

(Lycée Condorcet, Belfort. Professeur : Fanny Drouot)

 

NB:

Les quatre nouvelles primées seront publiées sur le site.

Les lauréats du Prix littéraire de l’AFPEAH : Elsa Malkoun et la classe de Cendrine Chavan recevront un chèque de 250 euros.

 

 

 

 

 

 

Doit-on laisser ses enfants devant des écrans? 1-TC

Pour répondre à cette question dans une société qui valorise le tout-écran, il convient de se référer aux études scientifiques qui analysent de manière rigoureuse les comportements des enfants et des adolescents en matière d’exposition aux écrans.

 

Dans cette optique, il nous semble utile de donner un aperçu de l’étude menée par les chercheurs  JEAN M. TWENGE et W. KEITH CAMPBELL  des universités de San Diego et de Géorgie, publiée en octobre 2018.

 

Cette étude a clairement établi un lien entre surexposition aux écrans et

  • troubles relationnels,
  • troubles de l’humeur et du comportement,
  • absence de curiosité et
  • problèmes de concentration des jeunes.

 

J. Twenge et W. K. Campbell ont travaillé à partir des données de la National Survey of Children’s Health (NSCH) portant sur plus de 44 000 familles ayant des enfants de 2 à 17 ans.

L’enquête de la National Survey of Children’s Health s’intéressait aux soins médicaux, aux problèmes affectifs et comportementaux et aux habitudes des jeunes, y compris à leur temps d’écran quotidien. J. Twenge et W. K. Campbell ont exclu les jeunes atteints d’autisme, de cécité, de surdité, de paralysie cérébrale et de retard de développement …, en raison de l’impact évident de ces problèmes sur le fonctionnement quotidien des enfants et adolescents concernés. Ils ont alors travaillé à partir de données concernant plus de 40 000 personnes.

 

                                                                                                                                                                           Photographie d’Alexandru Acea

Résultats (aperçu)

 

A l’issue de leur enquête, J. Twenge et W. K. Campbell ont mis en évidence le fait que les adolescents qui passent plus de 7 h/jour devant des écrans sont 2 fois plus exposés que ceux qui passent 1 heure devant des écrans à des problèmes d’anxiété ou de dépression. Assez logiquement, ceux qui utilisent des écrans 1h/jour connaissent un bien-être psychologique supérieur à ceux qui utilisent les écrans 4h/jour.

 

Ils ont établi une corrélation entre temps passé devant les écrans par les 11-13 ans et absence de curiosité intellectuelle :

  • ainsi 22,6% des jeunes passant plus de 7h/jour devant les écrans ne sont pas curieux, ou désireux d’apprendre de nouvelles choses,
  • contre 13,8% pour ceux qui passent 4h/jour devant des écrans (utilisateurs modérés).
  • et 9% pour ceux qui passent 1h/jour.

Ces chiffres peuvent varier selon la tranche d’âge analysée. De fait, la corrélation observée s’accentue considérablement chez les 14-17 ans.

 

Ils ont établi une corrélation entre énervement et temps d’exposition aux écrans: parmi les enfants d’âge préscolaire (2 à 5 ans aux USA), les grands utilisateurs d’écrans s’énervent 2 fois plus souvent que les autres et 46% d’entre eux n’arrivent pas à se calmer quand ils sont surexcités.

Ils ont établi une corrélation entre inaptitude à terminer une tâche entreprise et temps d’exposition aux écrans:

  • Parmi les adolescents âgés de 14 à 17 ans, 42,2% de ceux qui passent plus de 7h/jour devant les écrans ne terminent pas les tâches entreprises.
  • Ils sont 27,7% pour ceux qui passent 4h/jour devant un écran.
  • et plus que 16,6% pour ceux qui passent 1h/jour devant un écran.

 

J. Twenge et W. K. Campbell supposent que les adolescents sont particulièrement touchés par des troubles d’ordre psychologique dans la mesure où :

  • ils sont plus nombreux que les plus jeunes à être abonnés à des réseaux sociaux,
  • ils sont plus nombreux à posséder leur propre smartphone,

-ce qui accroît les risques de dépendance à Internet et aux jeux vidéo, ainsi que les risques d’utilisation problématique des réseaux sociaux,

-ce qui a un impact négatif sur leur temps de sommeil et la qualité de ce dernier.

  • De plus, les smartphones troublent les interactions sociales et atténuent ainsi l’impact positif qu’elles peuvent avoir sur les jeunes.

_________________

Jean M. Twenge est professeur de psychologie à l’Université d’État de San Diego.

William Keith Campbell est professeur de psychologie sociale à l’Université de Géorgie.

_________________

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC6214874/

https://www.sciencedaily.com/releases/2018/10/181029150931.htm

 

Prix de l’Afpeah 2018-2019 (rappel)

Le Prix de l’Afpeah

récompensera une réécriture

du mythe d’Orphée et Eurydice 

Nous vous conseillons d’envoyer vos nouvelles un peu avant la date limite (25 janvier 2019)

 

Modalités :

http://www.afpeah.fr/2018/08/03/prix-de-lafpeah-2018-2019/

 

 

Colloque de l’Afpeah

 

 COLLOQUE REPORTÉ POUR DES RAISONS DE SÉCURITÉ

 

 

 


 

 

Tourne ta page!

Le Bonheur de lire

Colloque de l’Afpeah

Samedi 8 décembre 2018 (9h-17h30)

Mairie du XIXe, 5-7 Place Armand Carrel, 75019 Paris

Entrée libre

Inscription : contact.afpeah@gmail.com

 

Si 60% des jeunes Américains lisaient des livres à la fin des années 70, ils ne sont plus que 16% en 2016. En France, 65 000 jeunes sortent chaque année du système scolaire avec de sérieuses difficultés de lecture. Rien d’étonnant dès lors à ce que les jeunes adultes (15-25 ans) ne placent la lecture qu’en 9e position parmi les activités qu’ils pratiquent quotidiennement.

Malgré ce constat, dans le cursus scolaire, comme dans le secteur associatif, éditorial, des parents, des professeurs, des écrivains croient encore en la nécessité de proposer aux enfants et aux adolescents des lectures de qualité. Nous montrerons dans ce colloque que si certains usages induisent échec et souffrance et engendrent donc des résistances, le plaisir de la lecture se conjugue à l’inverse très souvent avec la notion d’effort. Nous verrons qu’exigence, grands auteurs, humanités, connaissance de la mythologie gréco-latine nourrissent le bonheur de la lecture. Prix littéraires, clubs de lecture, lien lecture-écriture, retour de la méthode syllabique, rôle joué par la lecture dans la prévention des troubles de l’apprentissage, il existe bien un bonheur de lire auquel tous devraient pouvoir avoir accès.

MATINÉE

 

  • 9h15-10h: Jean-Pierre Terrail, Sociologue, Professeur honoraire à l’Université de Versailles-Saint-Quentin. Il a notamment publié : Pour une école de l’exigence intellectuelle. Changer de paradigme pédagogiqueEnseigner efficacement la lecture(avec Jérôme Deauvieau et Janine Reichstadt)…« Lire au CP, politique et pédagogie. »

 

  • 10h-10h45: Cécilia Suzzoni, Fondatrice et Présidente d’honneur de l’ALLE, (Association le Latin dans les Littératures Européennes), Professeur honoraire de chaire  supérieure ( grec /français ) au lycée Henri IV. Direction et codirection de Erasme dans le XXI ème siècleSans le latinLe Bon Air latin… « Lire le temps avec les Anciens. »

 

DISCUSSION : 10h45-11h15

 

  • 11h15-11h50: François Rastier, Sémanticien, Directeur de recherche au CNRS. Il a notamment publié : Apprendre pour transmettre. L’éducation contre l’idéologie managérialeCréer : Image, Langage, VirtuelFaire sens. De la cognition à la culture… « Pédagogie du défi et dette symbolique. »

 

APRES-MIDI

 

  • 13h00-13h30: Muriel Strupiechonski, Professeur des écoles à la retraite, membre du GRIP, auteur de la méthode d’écriture lecture Mon CP avec Papyrus et de Ecrire Analyser au CE1« Comprendre comment les élèves n’apprennent pas réellement à lire avec les actuelles méthodes dites mixtes toujours majoritaires dans les écoles ? »

 

  • 13h30-14h00: Laurence Pierson, Rééducatrice en écriture, Écriture Paris; co-auteur de manuels de français pour l’école primaire : Archilecture; auteur de Vive Lila, la petite féeVive Barnabé, le petit pirate…, ainsi que de la collection Mes Cahiers d’écriture« Apprendre à écrire pour apprendre à lire. »

 

  • 14h00-14h20: Juliette Bertin et Clémantine Trinquesse, Orthophonistes, Association APOH (Association de Prévention en Orthophonie de l’Hérault). « Lire pour prévenir les troubles de l’apprentissage et l’illettrisme. »

 

DISCUSSION: 14h20-14h35

 

  • 14h35-14h55: Othmane Mheni, Professeur des écoles, Président de l’association Thalès Académie. Othmane Mheni enseigne à Mantes-La-Jolie. « La lecture en classe dédoublée en REP+ »

 

  • 14h55-15h15: Nathalie Cullell, Professeur agrégé de lettres modernes. Nathalie Cullel enseigne au collège Cerdanya de Bourg-Madame.  « Lire-écrire : quand l’école de la bienveillance renonce à l’exigence. »

 

  • 15h15-15h35: Magali Gerard, Professeur agrégé de lettres modernes. Magali Gerard enseigne au Lycée Jeanne d’Arc de Cessy-Gex. « Lire au lycée : de la contrainte au plaisir. »

 

DISCUSSION: 15h35-15h50

 

  • 15h50-16h10: Annabelle Presa, Professeur certifié de lettres modernes. Annabelle Presa enseigne au Lycée français de Vienne (Autriche) depuis 2012 et depuis 1997 au sein du réseau de l’Agence pour l’Enseignement Français à l’Etranger (AEFE). Elle est co-fondatrice du Prix des lycées français d’Europe avec Esther Bourasseau.« Lecteurs sans frontières. Création du Prix littéraire des lycées d’Europe. »

 

  • 16h10-16h30: Olivier Delahaye, Cinéaste et Écrivain ou Danièle Sallenave, Écrivain, Membre de l’Académie française, Cofondateurs de l’Association SOL (Silence On Lit !). « Pourquoi le silence, pourquoi la lecture, pourquoi SOL ? »

 

  • 16h30-16h50: Murielle Couëslan, Directrice des éditions Rageot. « Rageot, un éditeur engagé pour la lecture ! »

 

  • 16h50-17h05: Samuel Cywie, Parent d’élèves, Président de la PEEP Paris (Fédération des parents d’élèves de l’enseignement public). « Lire à l’école. Le point de vue du parent. »

 

  • 17h05-17h25: Karine Auribault, Biologiste moléculaire. « Le rôle de la lecture dans le parcours d’un scientifique. »

 

  • 17h25-17h50: Béatrice Hermesdorf, Parent d’élèves, Administratrice AFPEAH, Auteur du blog « L’éducation en question ». « Lire, mais lire quoi? »

 

DISCUSSION FINALE

 

 

 

 

 

 

 

 

#pasdevague (Communiqué)

La violence dans les établissements scolaires

Depuis plusieurs semaines, le hashtag « pas de vague(s) » révèle le profond désarroi des professeurs et leur impuissance à endiguer les comportements violents de certains élèves dans les classes. Leurs témoignages ne sont pas orientés contre leurs élèves mais contre l’administration scolaire qui, dans certains cas, semble refuser toute pratique de sanctions, notamment pour les actes violents.

Tandis que les parents de l’AFPEAH découvrent avec effroi les agressions dont peuvent être victimes les enseignants et les élèves au sein des établissements, certains professeurs de notre association constatent également une hausse des « incivilités » et la difficulté à faire cours dans des conditions décentes, ce qui pénalise en dernier ressort tous les élèves.

 

                                           (Photo @Alex-Iby)

Que faire ? Il n’est pas question de s’en tenir aux deux seules positions caricaturales : Compréhension et pseudo bienveillance d’un côté, réaction et démonstration de force de l’autre.

Dire que l’enseignant doit reprendre sa place d’adulte ayant autorité signifie évidemment que l’administration le seconde et appuie ses décisions : là où chef d’établissement et CPE font corps avec les professeurs, le climat scolaire est plus serein, les élèves plus disciplinés et davantage prêts à étudier.

Mais la politique actuelle ne va pas dans le sens de « l’enseignant ayant autorité » : les diplômes sont donnés indépendamment de la réalité du niveau des élèves comme le montre la dernière étude du CNESCO.
Que valent alors les évaluations conçues tout au long de l’année scolaire par les professeurs si les examens nationaux n’ont plus aucun rapport avec le niveau des élèves ? L’un des professeurs de notre association rapporte qu’un de ses élèves en grande difficulté scolaire a néanmoins eu le brevet avec mention Très Bien… Quel regard le parent concerné va-t-il porter sur l’enseignant honnête et consciencieux? Ne mettra-t-il pas en cause son autorité?

 

(http://www.cnesco.fr/wp-content/uploads/2018/10/181025_Cnesco_synthese_IDF.pdf page 25).

 

De même, quelle autorité peut avoir un enseignant qui n’a plus la maîtrise des contenus qu’il enseigne, qui n’a plus la maîtrise de sa pratique pédagogique ?  En effet, les nombreuses réformes tendent à imposer des œuvres et des thèmes comme si les enseignants ne connaissaient pas leur métier, comme s’ils n’étaient que de simples répétiteurs.

Quelle autorité peut avoir un enseignant épuisé qui court d’un établissement à l’autre, d’un CDD à l’autre pour boucler ses fins de mois ? A titre d’exemple, il est devenu classique, depuis la fermeture des cursus bilangues, de rencontrer des professeurs d’allemand contraints de se partager sur deux voire trois établissements. Quelle autorité peut avoir un enseignant recruté via Pôle Emploi et qui muni d’une licence de droit se retrouve à enseigner le français en classe de troisième ? Depuis plusieurs années, tout est fait pour décrédibiliser la fonction du professeur, son expertise et ses connaissances. Les réformes permanentes et la communication qui les accompagne présentent les enseignants comme réfractaires au changement. Les parents ont la haute main sur le passage en classe supérieure de leurs enfants et il ne servirait à rien d’étudier puisque le savoir ne serait qu’à une portée de clic sur Wikipedia.

Sur quelles bases les professeurs peuvent-ils alors asseoir leur autorité ?

Dire que le chef d’établissement doit seconder, appuyer les enseignants signifie évidemment que la voix du professeur est prépondérante : dès lors qu’on met en doute sur la parole de l’enseignant, dès lors qu’adultes et enfants sont mis sur un pied d’égalité, il devient impossible de restaurer l’autorité de l’enseignant. Mais comment conforter l’autorité de l’adulte lorsque les mots d’ordre sont  « Bienveillance, médiation, compréhension et estime de soi des élèves » ?

De même, à partir du moment où les établissements sont mis en compétition les uns avec les autres, sont classés en fonction des résultats et du « climat scolaire », il s’avère difficile de faire connaître les actes délictueux, voire criminels qui se passent au sein d’un établissement.

Mais grâce ou à cause des téléphones portables et de la fierté de nos jeunes à adopter des conduites limite, grâce ou à cause des réseaux sociaux, les informations circulent vite et la violence désormais se voit. Il est évident que cette violence est le fruit d’une société qui se délite et n’est pas propre à l’école. Les élèves ont-ils seulement conscience de la gravité de leurs actes ? Rien n’est moins sûr : le jeune  « braqueur »[1] rigole, ses amis aussi sur la vidéo qui a donné naissance au hashtag #pasdevague(s). Or, l’école est un lieu d’éducation et éduquer signifie aussi savoir interdire. Ni les enseignants, ni les élèves n’ont à subir la violence de quelques-uns et le brouhaha permanent quand bien même les violences seraient le résultat d’un malaise social voire d’un état d’infantilisation prolongé. A ce titre, l’on ne peut que constater que l’école dite inclusive, telle qu’elle est conçue, est incompatible avec un climat serein.

La fermeture de certaines classes ou l’évolution des dispositifs spécifiques qui prenaient en charge avec des enseignants formés[2] des élèves ne pouvant suivre les cours ordinaires, le faible nombre de places dans les structures spécialisées comme les IME (Instituts médicaux-éducatifs) qui offraient une scolarité adaptée à des élèves à profils particuliers, voire à des élèves violents et qui travaillaient justement sur le « malaise » de ces jeunes gens, renvoient sans soutien dans les établissements classiques des élèves déboussolés, fragiles, handicapés ou violents, pour lesquels la classe dite ordinaire n’est pas adaptée. Pour ne citer qu’un exemple, dans le Haut-Rhin, 250 familles dont les enfants souffrent d’autisme étaient sur liste d’attente en mars 2018.

Ces économies de bouts de chandelle se paient au prix fort. A cela s’ajoute le manque de surveillants et d’infirmières, alliés précieux des élèves en perdition et de leurs professeurs.

Enfin, la mise en concurrence des territoires, des établissements, des professeurs et des disciplines met à mal les liens de solidarité qui devraient permettre aux adultes de faire front : le marketing, la communication et le pas de vague l’emportent sur l’éducation et l’instruction. Dès lors que vous mettez en concurrence les professeurs via leurs disciplines, problèmes que connaissent bien les professeurs de langues, mais que connaîtront demain tous les enseignants grâce à la réforme du lycée et que vous individualisez les carrières en fonction de critères subjectifs, voire opaques, chaque professeur aura intérêt à offrir de lui-même une belle image de marque professionnelle et à surtout, surtout, ne pas faire de vagues.

Synthèse rédigée par Béatrice Hermesdorf, pour l’Afpeah

 

 

[1] Les deux élèves auraient été exclus définitivement de l’établissement selon le rectorat. Ils devraient être accueillis par de nouveaux établissements avec un suivi éducatif.

[2] Classes d’ULIS ou de SEGPA

Nouveaux programmes du lycée (Communiqué)

Le français en seconde et en première, tronc commun

Points forts du programme

La disparition de la question sur corpus et de l’écrit d’invention aux exercices du bac est une très bonne chose. L’apparition d’un programme de grammaire exigeant, évalué au baccalauréat était nécessaire et permettra de renforcer la maîtrise de la langue des élèves. Le fait de privilégier une approche chronologique de la littérature, le retour à la dénomination claire et simple de « littérature d’idée », la possibilité de mener des analyses de textes linéaires, la mise en place du carnet de lecture personnel et une exigence accrue en termes de lectures obligatoires constituent des aspects positifs, à même de faire progresser les élèves en les amenant à s’investir davantage. Les objets d’étude proposés en seconde et en première semblent cohérents et devraient permettre d’installer une culture solide chez les élèves. Leur dénomination laisse aux professeurs une liberté intéressante, bridée en première par le programme d’œuvres imposées.

Points faibles du programme

Ce programme est exigeant et beaucoup plus lourd que les programmes actuels moins contraignants, qui permettent de s’adapter davantage aux réalités des classes. Aujourd’hui, nous devons traiter quatre objets d’étude et seuls l’étude de trois groupements de textes et de trois œuvres intégrales sont obligatoires.

Les nouveaux programmes prévoient d’imposer l’étude de quatre œuvres intégrales et de quatre prolongements (prolongement artistique ou groupement de textes), auxquels il conviendra d’ajouter les leçons et exercices de grammaire qui n’existent pas dans les programmes actuels, ainsi que le travail conséquent à mener sur le carnet personnel de l’élève.

On nous ajoute une œuvre intégrale, un groupement de textes, un programme de grammaire et la gestion d’un carnet personnel en plus de ce que nous faisons actuellement, sans nous offrir de temps supplémentaire. Nous n’y arriverons pas, c’est évident, et nous serons contraints de survoler le programme. 

En première, un programme d’œuvres obligatoires est très contraignant. Il nous empêche de nous adapter à nos classes, de proposer des œuvres en lien avec leur niveau, leurs problématiques, leurs goûts, leur actualité. Il nous bride et ne nous permet pas de faire étudier des œuvres qui nous passionnent… et nous rendent du coup passionnants ! Ce programme va pousser au bachotage et va créer un marché pour les éditeurs scolaires qui chaque année proposeront pléthore d’ouvrages qui rempliront leurs poches sans vraiment permettre une réflexion de fond pour les élèves.

Ce programme ambitieux ne nous semble malheureusement pas réalisable dans le volume horaire qui nous est imparti.

(photo @sharonmccutcheon)
Suggestions, pistes d’amélioration

Il nous faut au moins une heure hebdomadaire supplémentaire en seconde et en première pour mener à bien ce programme ambitieux. Deux heures hebdomadaires supplémentaires ne seraient pas superflues. Sans cette/ces heure(s), nous survolerons les œuvres et les notions, nous dégoûterons les élèves de la littérature, ils ne pourront acquérir ni les savoirs, ni les compétences nécessaires pour réussir les épreuves anticipées de français. La conséquence sera vraisemblablement que les consignes de correction du bac seront très peu exigeantes, afin que notre pays maintienne ses « 80% d’une classe d’âge bachelière ». Nous arriverons au résultat inverse que celui que ces programmes visent.

Cet horaire supplémentaire doit absolument être attribué à l’enseignement du français voire imposé, il ne peut dépendre du bon vouloir du chef d’établissement, dans le cadre d’une « enveloppe » aux contours flous, dont l’usage sera hasardeux.

Si le choix d’imposer un programme d’œuvres est maintenu, il faudrait que l’oral porte sur cette œuvre et que nous abandonnions le fonctionnement en « descriptifs ». Chaque élève serait susceptible de tomber sur n’importe quel extrait des œuvres étudiées, ce qui permettrait d’éviter les récitations de plans et de commentaires appris par cœur.

Allonger la durée de l’épreuve orale apparaît aussi comme une très mauvaise idée. Les oraux du bac sont très lourds à gérer, imposant aux professeurs de faire passer souvent plus de soixante-dix élèves. Il est rare que les élèves tiennent le temps imparti. Leur imposer un temps plus long allongera le temps de passage des oraux, l’acuité des professeurs sera émoussée et les élèves seront mis en difficulté par ce temps trop long.

La spécialité « Humanités, littérature et philosophie »

Points forts du programme 

La progression chronologique du programme est un point fort.

Points faibles du programme

Sans projet précis sur les modes d’évaluation finale de cette spécialité au bac et les attendus qu’ils recouvrent, il est très difficile d’imaginer comment travailler, qu’il s’agisse de l’écrit et de l’oral. Pour investir ce projet de spécialité et imaginer comment travailler, nous avons donc avant tout besoin d’en savoir plus sur les modalités d’évaluation finale pour l’écrit de janvier et le grand oral du mois de juin.

Remarquons pour finir, que curieusement intitulée « Humanités… », cette spécialité ne comprend pas les langues anciennes, auxquelles les membres de notre association sont particulièrement attachés.

Magali Gerard, pour l’Afpeah 

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