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Archive mensuelleseptembre 2017

De l’art de renoncer avant d’avoir commencé

25/09/2017

Première réunion au lycée

En tant que mère d’élève, j’ai assisté à la réunion de rentrée de la classe de seconde de mon fils. Le professeur principal enseigne les MATHÉMATIQUES.

Je tiens à préciser d’emblée que je respecte la liberté pédagogique des enseignants et que j’ai un immense respect pour le travail qu’ils accomplissent avec nos enfants.

Mais, hier, les propos de cet enseignant m’ont choquée. Les autres parents avec lesquels j’ai pu discuter partagent mon point de vue. Nous sommes très inquiets, en fait.

Extraits choisis:

« Je serai un professeur exigeant et bienveillant. Mes exigences diffèrent cependant des vôtres. »

 

« Le cours magistral ne marche plus, donc ne se fait plus. Les élèves ont besoin d’activités variées pendant mon cours… Nos élèves ont de graves problèmes de concentration… Vous, parents, le savez, n’est-ce pas? »

 

« Je veux que mes élèves débattent pendant mon cours, notamment en travaillant en îlots…. »

 

« Ce sont les élèves qui font le cours ; j’ai besoin d’eux… Comme j’ai besoin que vous, parents, me posiez des questions à présent. Je mets d’ailleurs un terme à ma présentation: trop d’informations vont vous fatiguer. » !!!!

 

« Sachez que vos enfants auront très peu de notes car, en fait, j’évalue tout le temps… »

 

« Leur moyenne trimestrielle ne reflètera ni leur niveau réel, ni leur capacité à s’orienter ou non en première S. »

 

« Je ne donne pas de Devoir Maison car ils ne seraient pas faits par les élèves. »

 

« Je donne la correction de certains exercices sur pronote; c’est de la responsabilité de l’élève de la consulter. Les élèves en débattront au prochain cours après s’être auto-évalués. Tant pis pour les élèves qui n’auront pas consulté pronote. »

Témoignage. Accueil des enfants handicapés (septembre 2017)

Je souhaiterais évoquer la situation préoccupante des élèves d’ULIS-école (Ex-CLIS) au sein de notre établissement scolaire.

Leur enseignante se retrouve parfois seule avec 12 élèves de 6 à 12 ans, dont certains, relevant clairement d’IME (Institut médico-éducatif), n’ont pu être accueillis dans ces établissements spécialisés faute de place. Tous ne fréquentent pas l’école à plein temps, ils sont parfois accueillis en hôpital de jour une partie de la semaine.

Certains bénéficient d’une AVS (auxiliaire de vie scolaire) individuelle, d’autres non. En fait, rares sont ceux qui ont une AVS à leurs côtés tout au long de leur temps de présence en classe.

Le fait que leur enseignante puisse être seule avec eux est très préoccupant parce que ces élèves peuvent être violents envers eux-mêmes ou envers les autres, pousser des hurlements, ou même s’enfuir régulièrement de la salle de classe.

 

L’enseignante d’ULIS-école passe donc une très grande partie de son temps à essayer d’assurer la sécurité de chacun, en évitant notamment les crises et les bagarres. Quand l’un se calme enfin, commence souvent la crise d’un autre qui est à bout d’avoir supporté les cris du premier et ça repart ainsi sans cesse….

Cette collègue, qui n’est pas spécialisée, a seulement 3 ans d’ancienneté dans le métier. D’ailleurs, elle part en formation la semaine prochaine et sera remplacée par une jeune femme de 24 ans qui est dans sa première année d’exercice en tant qu’enseignante titulaire …

Il faut savoir que la spécialisation et l’obtention du diplôme de CAPPEI (Certificat d’aptitude professionnelle aux pratiques
de l’éducation inclusive) se font désormais grâce à une formation de 8 semaines (très largement réduite par rapport aux années précédentes). La prise en charge d’une classe d’ULIS-école sur l’année peut être assumée sans aucune formation préalable !

Ma collègue qui avait demandé à se spécialiser pour travailler auprès d’enfants sourds a obtenu ce poste d’ULIS-école enfants avec troubles TED (Troubles envahissants du développement). Elle a essayé de refuser car cela ne correspondait pas à son choix mais on lui a dit que désormais le nouveau CAPPEI ne distinguait plus les différentes options !!! Pourtant, il est aisé d’imaginer que même s’il y a quelques approches communes dans l’adaptation de l’enseignement pour ces enfants à besoins particuliers, il est très différent d’enseigner à des enfants sourds, aveugles, handicapés moteurs ou avec TED (les anciennes options du diplôme d’enseignant spécialisé) !

Elle s’est donc retrouvée dans cette classe avec 12 enfants TED de 6 à 12 ans, des AVS individuelles pour certains mais pas tout le temps et une AVS-co (Auxiliaire de vie scolaire collectif) absente assez régulièrement car elle aide aux inclusions obligatoires dans les classes banales. Et tout cela alors qu’elle ne connaît rien aux Troubles Envahissants du Développement! C’est kafkaïen!

L’équipe pédagogique fait ce qu’elle peut. Nous nous relayons tous, enfin tous ceux qui le peuvent, ceux qui n’ont pas déjà eux-mêmes dans leur classe un élève handicapé avec AVS, pour décharger ponctuellement l’enseignante titulaire de notre ULIS-école en lui prenant un de ses élèves de temps en en temps pour que lui ait un peu de calme et pour qu’elle puisse recharger ses batteries afin d’enseigner à ceux qui sont en situation et en capacité d’apprendre.

 

Or ces enfants, si fragiles, perturbés par le moindre changement, vont avoir une remplaçante encore plus inexpérimentée que leur enseignante habituelle pendant les 8 semaines de formation de la titulaire qui n’en peut déjà plus.

Ces enfants qui ont besoin de calme, d’un enseignement très ritualisé pour les rassurer, vont donc être soumis à des changements qui risquent de les perturber durablement. Nous nous y attendons.

Quant aux parents, précisons qu’ils sont exténués et désemparés car leurs enfants sont souvent très difficiles à gérer au quotidien. Ils sont donc soulagés que leurs petits aient enfin une place quelque part, et par conséquent, ils n’osent pas se plaindre des conditions d’accueil (si tant est qu’ils se rendent compte de ce qui se passe dans la classe). Ils subissent.

Mais quand le petit Tom, 6 ans, vient dans mon CM1, il est évident que je fais de la garderie, c’est tout. Lorsque Simon, 6 ans, va dans la classe de mon collègue,

il le laisse jouer aux Legos pendant qu’il aborde sa leçon de sciences sur la respiration avec les élèves de CM2. Ces enfants bénéficient-ils de l’enseignement auquel ils ont droit ? Non.

Que faire? Ponctuellement et sur le long terme?

Il y a très peu de places dans les ULIS au collège. Ces places sont donc très chères. Léa, bientôt 13 ans, n’en a pas eu. Elle est encore chez nous, à son âge ! D’ailleurs, elle supporte très mal l’arrivée des deux petits derniers de 6 ans dont l’un ne parle pas du tout et hurle presque toute la journée. Sachez que Léa est dans cette ULIS-école depuis 6 ou 7 ans!

Il y a urgence.

Nous voyons donc la situation se dégrader de jour en jour pour ces enfants et pour ma collègue. Cela ne peut plus durer.

Il faut se saisir tout de suite et en urgence de l’accueil des enfants handicapés et particulièrement des enfants avec TED.

Il faut se saisir en urgence de la situation de ces enseignants auxquels on impose, sans préparation aucune, des conditions d’enseignement très dures voire insupportables.

 

NB: Les prénoms des élèves ont été modifiés.

 

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